07 June 2018

Nouvelles Traverses

 Nous allons tenter de prendre de nouvelles traverses, car les traverses précédentes ne nous pas conduits bien loin. Nous sommes restés, 9 mois durant, embourbés, prisonniers de la Zone d'où, malgré nos efforts, nous n'avons pu échapper. A l'heure qu'il est, nous ne nous faisons que très peu d'illusions puisque nous savons qu'il n'y a presque aucune chance que les plans d'évasion que nous sommes mentalement en train de dessiner puissent un jour nous conduire vers un territoire au sol fertile sur lequel pourrait se développer les germes d'un idéal que nous nommons Liberté, sans que nous puissions clairement entrevoir ce que cette dénomination signifie, sinon probablement l'illusion des illusions. Oui, à bien y penser, la Liberté est l'illusion de toutes les illusions qui, au fil du temps, parasitent notre cervelle bien trop mal adaptée pour survivre paisiblement dans un monde aussi dévasté, délabré que le monde actuel.



 Pour survivre souriant, tranquillement, béat, de nos jours, il nous faudrait, comme l'immense majorité des quadrupèdes humains, être dans l'attente de la prochaine Coupe du Monde de foot, ou d'un voyage en amoureux vers n'importe quelle destination à la con, et d'une montagne de stupidités de ce genre. Car, tous les bourrins de la planète souhaitent, un timide sourire aux lèvres, les yeux levés au ciel qu'advienne « un heureux événement ». Et des « rêves », comme ceux-là, les crétins n'en manquent pas. S'ils venaient à en manquer, la Civilisation est largement prête à leur en fournir, pour presque rien, une somme modique. Ils n'auront qu'à courber l'échine pour travailler, engranger de la thune, veiller sur leur budget et surveiller de près les offres, pour, finalement, se jeter ventre à terre, carte bancaire en main, sur le meilleur, le plus beau des « rêves » proposés. Bien entendu, les mieux éduqués — les mieux intégrés, les plus soumis, en réalité — seront tentés de se dissimuler cette sombre réalité faite de comportements qu'ils perçoivent parfois comme relativement honteux, des attitudes révélant leur avidité pour d'ignobles plaisirs et leur négation permanente de l'idée de la mort, summum de l'horreur, de la terreur pour le vaillant bricoleur et embellisseur de vie placée sous l'enseigne du Paradis sur Terre pour pas cher — cartes de fidélité offertes par la maison. Nous, nous n'avons pas suivit les mêmes routes et autoroutes cartographiées, balisées, sécurisées, qu'eux — citoyens travailleurs, bricoleurs, voyageurs, gastronomes, économes, sportifs et productifs. Nous, nous avons pris les sentiers, les pistes, les chemins de traverses… Quelle vie de merde !